{"id":36,"date":"2002-12-02T20:44:58","date_gmt":"2002-12-02T20:44:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.alpavista.ch\/Alp11\/?p=36"},"modified":"2016-09-30T03:49:40","modified_gmt":"2016-09-30T02:49:40","slug":"effort-pre-natal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/2002\/12\/02\/effort-pre-natal\/","title":{"rendered":"Effort pr\u00e9-Natal"},"content":{"rendered":"<p>Vent froid, brouillard, pluie d\u00e9moralisante, terrain spongieux, soleil promis et toujours remis, ce tout d\u00e9but de d\u00e9cembre semble correspondre point pour point \u00e0 tout le mois de novembre : une triste p\u00e9riode \u00e0 oublier au plus vite. Un enfer pour tout v\u00e9t\u00e9tiste normalement constitu\u00e9. Oui mais voil\u00e0, certains me consid\u00e8rent un tantinet comme atypique dans le monde des fous du tout terrain. Pour moi la saison importe peu, pourvu qu&rsquo;on ait l&rsquo;ivresse ! Tiens donc, ce n&rsquo;est pas dame nature qui va me retenir de faire ce dont j&rsquo;ai envie en ce premier jour du dernier mois de 2002 (pr\u00e9-Natal -> avant No\u00ebl, quoi !), que d&rsquo;aucun consid\u00e8rent comme une ann\u00e9e particuli\u00e8rement pourrie parmi les pourries\u2026 <\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nUn bon petit-d\u00e9j, un coup d&rsquo;\u0153il \u00e0 la page m\u00e9t\u00e9o du t\u00e9l\u00e9texte, une bonne soupe de l\u00e9gumes \u00e0 midi et c&rsquo;est parti pour la s\u00e9ance d&rsquo;enfilage des trois couches r\u00e9glementaires en ce premier jour de l&rsquo;Avent. A l&rsquo;heure o\u00f9 les pantouflards ont la sieste ronflante et les r\u00f4ts satisfaits je me mets en selle pour attaquer mon tour hivernal favori : les superbes Rochers de Granges, dominant la ville du m\u00eame nom (patrie des VTT BMC) de toute leur majest\u00e9. C&rsquo;est un parcours peu exigeant en p\u00e9riode estivale, mais \u00f4 combien p\u00e9nible par ces temps de boue champ\u00eatre et de juteuses feuilles mortes. La pente est tout de suite soutenue, elle laisse peu de r\u00e9pit avant d&rsquo;atteindre la fronti\u00e8re entre les cantons de Berne et Soleure. Deux m\u00e9tairies et de nombreux promeneurs frigorifi\u00e9s plus loin me voil\u00e0 dans le vif du sujet : des p\u00e2turages bien gras o\u00f9 les Michelin ren\u00e2clent et peinent, alors que le moteur chauffe \u00e0 180 pulses\/min. Le single de la borne fronti\u00e8re est hyper glissant, les racines tra\u00eetresses et la boue profonde se cache sous des branches et des feuilles. Il s&rsquo;agit de soigner mon pilotage, du bout des doigts, tout en douceur. Une trace \u00e0 peine marqu\u00e9e dans la for\u00eat que je suis seul \u00e0 emprunter, des chemins de halage de bois bien gras puis une petite route en calcaire et d\u00e9j\u00e0 c&rsquo;est l&rsquo;arriv\u00e9e au Stierenberg, litt\u00e9ralement la montagne des taureaux. Pour l&rsquo;instant on ne voit pas une queue de ruminant dans le brouillard ! Court arr\u00eat boisson et d\u00e9j\u00e0 \u00e7a repart pour 2km d&rsquo;asphalte. Beurk que c&rsquo;est pas mon truc, mais la seule solution par ces temps pourris. Le dernier tron\u00e7on est \u00e0 la mesure de mes esp\u00e9rances. Une trace de marcheurs dans un p\u00e2turage gorg\u00e9 d&rsquo;eau et saupoudr\u00e9 de neige gel\u00e9e, pour atteindre une grande antenne qui domine toute la r\u00e9gion entre Soleure et Bienne. Le brouillard est enfin au-dessous de moi, le soleil est g\u00e9n\u00e9reux et la cha\u00eene des Alpes para\u00eet proche \u00e0 l&rsquo;horizon. Un panorama qui r\u00e9compense largement de l&rsquo;effort accompli. <\/p>\n<p> La trace continue dans les p\u00e2turages, avec des passages sur galets polis et racines apparentes. Qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;aime \u00e7a, il faut une concentration extr\u00eame pour passer sans mettre pied \u00e0 terre, la Fatty travaille \u00e0 fond apr\u00e8s un service complet et les freins peinent sur les jantes couvertes de boue. Merci Shim pour ton XT qui d\u00e9raille \u00e0 la perfection. <\/p>\n<p> Je retrouve la \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb le temps d&rsquo;une m\u00e9tairie et de son parking plein de citadins conqu\u00e9rants, avant de basculer de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la cha\u00eene. Les Vosges au loin me tendent leurs sommets arrondis, il faut que j&rsquo;y retourne au printemps prochain y marquer certains singles de mes crampons. L&rsquo;air est tr\u00e8s frais, pas plus de 3 degr\u00e9s et le vent pique le visage. Je domine toute la haute vall\u00e9e de Tavannes, traversant un immense pan de for\u00eat qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9 par une terrible temp\u00eate il y a plus de 10 ans. Que la nature est vite d\u00e9truite, mais qu&rsquo;elle met du temps \u00e0 se reconstruire. D&rsquo;un coup je m&rsquo;imagine en Galice, en compagnie de ces p\u00eacheurs qui n&rsquo;ont rien demand\u00e9 et qui re\u00e7oivent en guise de cadeau de No\u00ebl une merde visqueuse et puante qui an\u00e9antit tous leurs espoirs d&rsquo;avenir meilleur. Un gros bloc de rocher \u00e9vit\u00e9 de justesse me tire brutalement de mon r\u00eave et m&rsquo;oblige \u00e0 me concentrer sur le single verglac\u00e9 qui plonge sur le plateau de la cha\u00eene de Montoz. Trois m\u00e9tairies me tendent les bras, mais je r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;appel de leurs menus all\u00e9chants et leurs caf\u00e9s roboratifs r\u00e9chauffants. D&rsquo;ailleurs je suis tellement crott\u00e9 que je doute que leurs tenanciers, qui en ont pourtant vu d&rsquo;autres, me regardent d&rsquo;un \u0153il compr\u00e9hensif\u2026 <\/p>\n<p> Le jour baisse r\u00e9guli\u00e8rement sur Chasseral qui se profile \u00e0 l&rsquo;horizon (merveilleux souvenir d&rsquo;une sortie entre copains), d\u00e9j\u00e0 2 heures que je suis en route, que dis-je : en boue ! Le soleil qui jouait \u00e0 cache-cache avec les nappes de brouillard dispara\u00eet, vaincu par la barre  nuageuse tant annonc\u00e9e qui glisse depuis l&rsquo;ouest. Une plong\u00e9e rapide sur le haut vallon de P\u00e9ry et j&rsquo;attaque les derni\u00e8res grimp\u00e9es qui me ram\u00e8nent chez moi. Je p\u00e9dale rageusement dans la boue et les profondes traces laiss\u00e9e par les travaux des b\u00fbcherons, l\u00e0 o\u00f9 hier je promenais mon chien au milieu des hordes de chasseurs traquant le sanglier. Mes souliers, mes pantalons jusqu&rsquo;au genou et tout mon bike jusqu&rsquo;\u00e0 la selle jouissent d&rsquo;une merveilleuse thalassoth\u00e9rapie : la boue jurassienne n&rsquo;a peut-\u00eatre pas les vertus th\u00e9rapeutiques des algues bretonnes, mais elle me procure une joie merveilleuse, le bonheur absolu de me sentir libre de rouler o\u00f9 je veux, quand je veux et comme je veux. Je suis seul ma\u00eetre de mon chemin, aucun obstacle ne me para\u00eet impossible, et je reviens de mon \u00ab\u00a0enfer\u00a0\u00bb brun. <\/p>\n<p> Un dernier single en \u00e9pingles dans les rochers dominant le village, une derni\u00e8re descente \u00e0 donf dans les champs mous comme des \u00e9ponges et d\u00e9j\u00e0 je freine devant mon garage. Vite un coup de jet sur mon destrier, une bonne douche et me voil\u00e0 assis devant ma chemin\u00e9e, r\u00e9chauff\u00e9 par un bon th\u00e9 parfum\u00e9 \u00e0 la cardamome et aux girofles, souvenir de notre dernier s\u00e9jour en \u00c9thiopie, et par un vieux Lagavulin de derri\u00e8re les glens. Le bonheur absolu, le Graal du v\u00e9t\u00e9tiste heureux d&rsquo;\u00eatre de retour des champs de boue et de neige des cha\u00eenes jurassienne. <\/p>\n<p> Farenj<\/p>\n<input class=\"fooboxshare_post_id\" type=\"hidden\" value=\"36\"\/>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vent froid, brouillard, pluie d\u00e9moralisante, terrain spongieux, soleil promis et toujours remis, ce tout d\u00e9but de d\u00e9cembre semble correspondre point pour point \u00e0 tout le mois de novembre : une triste p\u00e9riode \u00e0 oublier au plus vite. Un enfer pour tout v\u00e9t\u00e9tiste normalement constitu\u00e9. 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