{"id":37725,"date":"2023-01-15T14:44:46","date_gmt":"2023-01-15T13:44:46","guid":{"rendered":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/?p=37725"},"modified":"2024-01-16T14:34:47","modified_gmt":"2024-01-16T13:34:47","slug":"blanc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/2023\/01\/15\/blanc\/","title":{"rendered":"Blanc"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Blanc \u00bb est un qualificatif dont on a un peu tendance \u00e0 oublier la signification depuis la mainmise r\u00e9guli\u00e8re de ces \u00ab hivers indiens \u00bb sur la m\u00e9t\u00e9o europ\u00e9enne en g\u00e9n\u00e9ral, et alpine, en particulier. <\/p>\n<p>Mais \u00ab Blanc \u00bb, c\u2019est aussi le titre du dernier livre de Sylvain Tesson. Un livre qui retrace la travers\u00e9e des Alpes, \u00e0 ski, de Menton \u00e0 Duino, pr\u00e8s de Trieste, durant 85 jours, r\u00e9partis sur quatre hivers successifs, de 2018 \u00e0 2021.<\/p>\n<p>Devenus moins rares, les ouvrages du c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain-voyageur parisien paraissent d\u00e9sormais, judicieusement, chaque automne, \u00e0 l\u2019approche des f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9es. Accompagn\u00e9s d\u2019un battage promotionnel \u00e9tonnant, les opus de Sylvain Tesson se succ\u00e8dent et quittent, un peu plus chaque ann\u00e9e, le semi-anonymat des \u00e9missions litt\u00e9raires de fin de soir\u00e9e pour acc\u00e9der au faste des plateaux des 20 heures des grands m\u00e9dias \u00ab mainstream \u00bb. Une reconnaissance m\u00e9diatique d\u2019autant plus in\u00e9dite que son auteur aurait tr\u00e8s bien pu ne jamais la connaitre, laiss\u00e9 pour mort, ce 20 ao\u00fbt 2014, sur le pav\u00e9 chamoniard, 10 m\u00e8tres en-dessous de la toiture qu\u2019il tentait d\u2019escalader, pas forc\u00e9ment avec \u00ab mod\u00e9ration \u00bb.<br \/>\n<!--more--><\/p>\n<p>Le talent d\u2019un de mes auteurs favoris au service d\u2019un livre consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019une de mes passions, \u00e7a ne pouvait forc\u00e9ment que \u00ab matcher \u00bb ? <\/p>\n<p>Alors oui, Sylvain Tesson n\u2019a rien perdu de sa science de la formule. Courte, cisel\u00e9e, pertinente.<br \/>\n<strong><em>\u00ab D\u00e9finition de la trace : enlever le plus de d\u00e9nivel\u00e9 avec le moins d\u2019effort, \u00e9viter les zones fragiles, tenir pour arriver. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ni l\u2019\u00e9nergie, ni la force, ni la sant\u00e9 (ni \u00ab le matos \u00bb) ne constituent les armes du skieur au long cours. Seules les heures viennent \u00e0 bout de l\u2019espace. \u00bb<br \/>\n\u00ab La moindre course de montagne dissout le temps, dilate l\u2019espace, refoule l\u2019esprit au fond de soi \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Oui, les descriptions de Sylvain Tesson s\u2019av\u00e8rent toujours si imaginatives qu\u2019on a l\u2019impression de se fondre dans les lieux ou les actions qu\u2019elles campent.<br \/>\n<em><strong>\u00ab Les skis cr\u00e9pitaient dans le petit matin. Selon les temp\u00e9ratures, leur chant produit une sifflante, un chuintement, un raclement \u2013 un sanglot m\u00eame, si la neige s\u2019amollit. \u00bb<br \/>\n\u00ab On devait arracher les virages, \u00e9viter les troncs, la guillotine des branches, le pi\u00e8ge des racines. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y aurait la sueur, le silence et la trace. \u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Oui, la po\u00e9sie reste encore et toujours un art majeur de l\u2019\u0153uvre de Sylvain Tesson.<br \/>\n<em><strong>\u00ab Le Blanc absout tout. Conversion dans la pente, r\u00e9mission des p\u00e9ch\u00e9s. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le voyage deviendrait un d\u00e9placement d\u00e9pourvu de finalit\u00e9, suspendu dans le monochrome. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le jour parut. Ce fut d\u2019abord une ligne jaune qui s\u2019\u00e9largit, fit levier sur le ciel, l\u2019ouvrit comme une coquille. La lumi\u00e8re grise devint blanche, puis bleue. \u00bb <\/strong><\/em><\/p>\n<p>Oui, Sylvain Tesson sait de mieux en mieux redonner \u00e0 la philosophie la place qu\u2019elle aurait toujours d\u00fb avoir : logique et pleine de bon sens.<br \/>\n<em><strong>\u00ab Le\u00e7on de vie : ne pas tout savoir. La transparence est cet \u00e9tat, qui donnant \u00e0 tout conna\u00eetre, donne \u00e0 tout redouter. \u00bb<br \/>\n\u00ab Quand la pente s\u2019\u00e9tirait, il suffisait de se rappeler que le monde est constitu\u00e9 de donn\u00e9es spatiales finies et que la constance triomphera de la distance. \u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p>En fait, seul le \u00ab rythme \u00bb de \u00ab Blanc \u00bb m\u2019a, dans un premier temps, quelque peu d\u00e9concert\u00e9. Hach\u00e9e, forc\u00e9ment chronologique, tr\u00e8s (trop) journalistique, j\u2019ai d\u2019abord eu du mal \u00e0 accrocher \u00e0 cette prose un brin cart\u00e9sienne. Et puis, les aventures quotidiennes de cet \u00e9tonnant trio \u00ab skiant \u00bb ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00ab prendre \u00bb. Deux pages, parfois trois, rapidement pr\u00e9fac\u00e9es par le kilom\u00e9trage et le d\u00e9nivel\u00e9, r\u00e9sument chaque journ\u00e9e. Souvent inspir\u00e9s, toujours vite lus, les chapitres s\u2019encha\u00eenent, leur lecture m\u00e9tronomique comparable \u00e0 une ascension \u00e0 ski. <\/p>\n<p>Des pas qui succ\u00e8dent aux pas, des chroniques journali\u00e8res, aux chroniques journali\u00e8res.<br \/>\nLentement mais irr\u00e9sistiblement, le d\u00e9coupage de \u00ab Blanc \u00bb contribue \u00e0 en cadencer sa lecture, comme les m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 gagn\u00e9, une longue journ\u00e9e sur les skis.<\/p>\n<p>Vous en voulez plus ? C&rsquo;est par <a href=\"https:\/\/www.payot.ch\/Detail\/blanc-sylvain_tesson-9782072960635\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\"><strong>ici<\/strong><\/a> que \u00e7a se passe.<\/p>\n<input class=\"fooboxshare_post_id\" type=\"hidden\" value=\"37725\"\/>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Blanc \u00bb est un qualificatif dont on a un peu tendance \u00e0 oublier la signification depuis la mainmise r\u00e9guli\u00e8re de ces \u00ab hivers indiens \u00bb sur la m\u00e9t\u00e9o europ\u00e9enne en g\u00e9n\u00e9ral, et alpine, en particulier. Mais \u00ab Blanc \u00bb, c\u2019est aussi le titre du dernier livre de Sylvain Tesson. Un livre qui retrace la travers\u00e9e des Alpes, \u00e0 ski, de Menton \u00e0 Duino, pr\u00e8s de Trieste, durant 85 jours, r\u00e9partis sur quatre hivers successifs, de 2018 \u00e0 2021. Devenus [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":37724,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,356],"tags":[3235,3234,3236],"class_list":["post-37725","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","category-en-haut-chroniques","tag-litterature","tag-skirando","tag-sylvain-tesson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37725","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37725"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37725\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/media\/37724"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37725"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37725"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37725"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}