{"id":43,"date":"2003-01-30T13:19:18","date_gmt":"2003-01-30T12:19:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.alpavista.ch\/Alp11\/?p=43"},"modified":"2016-09-24T18:56:04","modified_gmt":"2016-09-24T17:56:04","slug":"ski-m-a-fait-mal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alpavista.ch\/Alp11\/2003\/01\/30\/ski-m-a-fait-mal\/","title":{"rendered":"SKI m&rsquo;a fait mal"},"content":{"rendered":"<p>Voici une tranche de ma vie qui fait partie des moins dr\u00f4les rencontr\u00e9es jusqu&rsquo;alors. Mercredi dernier, tandis que les pentes de la station de ski de Valloire \u00e9taient fra\u00eechement recouvertes de 30 \u00e0 40 cm de neige poudreuse que j&rsquo;aime tant, le destin m&rsquo;a jou\u00e9 un mauvais tour. <\/p>\n<p> Je menais avec Fran\u00e7ois le groupe des meilleurs skieurs du CAF de Strasbourg d\u00e9sireux de perfectionner leur technique de ski hors piste, me laissant attirer par toutes ces pentes vierges de toute trace comme on n&rsquo;en voit qu&rsquo;au cin\u00e9ma, mon enthousiasme \u00e9galant ma forme physique.. <\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nLes virages se succ\u00e9daient dans un rythme soutenu mais bien contr\u00f4l\u00e9, le vent sifflait agr\u00e9ablement dans le casque et les skis encha\u00eenaient les courbes qui s&rsquo;\u00e9largissaient pour prendre plus de vitesse et donc plus de plaisir. Le froid du mois de janvier \u00e9tait accompagn\u00e9 de nombreux cumulus qui, s&rsquo;ils laissent une bonne visibilit\u00e9, masquent la perception du relief des sols enneig\u00e9s (c&rsquo;est ce que l&rsquo;on appelle le jours blanc). Bref, c&rsquo;\u00e9tait le grand bonheur, jusqu&rsquo;au d\u00e9s\u00e9quilibre suivi d&rsquo;un choc tr\u00e8s violent que j&rsquo;ai eu du mal \u00e0 comprendre dans un premier temps. <\/p>\n<p> Dans la douleur, je compris que ma trajectoire avait crois\u00e9 une piste de ski, et qu&rsquo;il y avait un petit mur d&rsquo;un peu moins d&rsquo;un m\u00e8tre cr\u00e9\u00e9 par les dameuses entre la piste et la pente ski\u00e9e plus haut. J&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9 en haut de ce mur en fin de virage, et \u00e0 vitesse soutenue, pour aller m&rsquo;\u00e9craser sur la neige dam\u00e9e (et bien dure) de la piste tel un moustique sur un pare-brise de voiture. <\/p>\n<p> Me voici \u00e9tendu sur la piste. Mon souffle est coup\u00e9, la t\u00eate et le buste ayant heurt\u00e9 le sol tr\u00e8s violemment mais surpassant toutes mes sensations, j&rsquo;ai une douleur dans le dos jusque l\u00e0 in\u00e9gal\u00e9e. Malgr\u00e9 une respiration presque impossible et cette souffrance dorsale, mon esprit reste calme mais envisage le pire. J&rsquo;essaie alors de bouger mes orteils&#8230; ouf&#8230; ils bougent ainsi que mes cuisses que je contracte et rel\u00e2che \u00e0 volont\u00e9. La douleur est cependant toujours aussi soutenue et lorsque Fran\u00e7ois (qui skiait quelques m\u00e8tres derri\u00e8re moi) s&rsquo;informe sur mon \u00e9tat, je lui fais vite comprendre qu&rsquo;un secours allait devoir s&rsquo;organiser. Quelqu&rsquo;un part alors pr\u00e9venir les secours qui arrivent sur place tr\u00e8s rapidement. Le diagnostic a l&rsquo;air de les inqui\u00e9ter, ils regrettent que le temps ne soit pas meilleur pour faire venir un h\u00e9licopt\u00e8re. D&rsquo;autres secouristes arrivent, avec tra\u00eeneau, matelas coquille et tout le tintouin. Me voici translat\u00e9 dans le tra\u00eeneau d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e0 me faire r\u00e9viser mes cours de secourisme. Le matelas coquille est gonfl\u00e9 (enfin d\u00e9gonfl\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s ce que l&rsquo;on m&rsquo;a expliqu\u00e9) et il m&rsquo;est impossible de bouger d&rsquo;un millim\u00e8tre de la t\u00eate jusqu&rsquo;aux genoux. Le traineau (appel\u00e9 aussi barquette dans le jargon skieur) est accroch\u00e9 \u00e0 une motoneige pour rejoindre un col duquel on pourra me descendre jusqu&rsquo;\u00e0 une t\u00e9l\u00e9cabine. Le supplice est \u00e0 la hauteur de ma blessure. Je dois avoir la t\u00eate \u00e0 quelques centim\u00e8tres de la sortie des gaz d&rsquo;\u00e9chappement, les secousses sont terribles et une \u00e9norme quantit\u00e9 de neige m&rsquo;est projet\u00e9e sur le visage. Une naus\u00e9e est tr\u00e8s rapidement associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;odeur abominable du m\u00e9lange essence-huile de l&rsquo;engin, et ne pouvant pas tourner la t\u00eate d&rsquo;un cheveu, je m&rsquo;inqui\u00e8te au plus haut point du devenir de mon petit-d\u00e9jeuner recrach\u00e9. Mon imagination me noyant dans mon vomi, le col est atteint et grand merci, le tra\u00eeneau est d\u00e9tach\u00e9 de cet engin de torture pour \u00eatre mis dans les mains de deux pisteurs-secouritstes dont le professionnalisme m&rsquo;amena jusqu&rsquo;\u00e0 la t\u00e9l\u00e9cabine dans un confort inesp\u00e9r\u00e9. <\/p>\n<p> La t\u00e9l\u00e9cabine m&#8217;emporte alors loin des pistes que j&rsquo;ai peur de ne pas revoir avant longtemps. Je suis \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de mon corps. Quel \u00e9l\u00e9ment meurtri peut-il \u00eatre si douloureux ? Je pense dans un premier temps \u00e0 une d\u00e9chirure musculaire de mes lombaires qui auraient vaillamment essay\u00e9 de r\u00e9sister \u00e0 la chute, puis \u00e0 mes reins qui auraient pu ne pas supporter un tel choc, voir le foie ou la rate. Les quatre minutes de descente en t\u00e9l\u00e9cabine s&rsquo;ach\u00e8vent et le transfert dans l&rsquo;ambulance d\u00e9tourne mes pens\u00e9es.  Je d\u00e9couvre l&rsquo;univers int\u00e9rieur de ce v\u00e9hicule jusque l\u00e0 observ\u00e9 du bord de la route d&rsquo;un oeil compatissant. Mon regard passe des lumi\u00e8res aux placards, des placards au d\u00e9collet\u00e9 de l&rsquo;ambulanci\u00e8re quant une secousse lat\u00e9rale de l&rsquo;ambulance fait fr\u00e9mir le blanc des blouses. Un camion nous a crois\u00e9 de pr\u00e8s, froissant t\u00f4le, plastics et r\u00e9troviseurs sans qu&rsquo;il prenne la peine de s&rsquo;arr\u00eater. Du coup, arriv\u00e9 au cabinet m\u00e9dicale de Valloire, ma place de principale pr\u00e9occupation des m\u00e9decins,  ambulanciers et infirmiers m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 momentan\u00e9ment spoli\u00e9e. Cette agitation pass\u00e9e, les gestes des m\u00e9decins sont aussi classiques pour eux que la situation est nouvelle pour moi. Apr\u00e8s avoir \u00e9cart\u00e9 boucles, bretelles, ARVA, t\u00e9l\u00e9phone portable, porte-monnaie, protection dorsale (\u00e7a en porte des choses un skieur&#8230;), le matelas coquille (qu&rsquo;il faut sans-cesse regonfler car il est perc\u00e9) est pos\u00e9 directement sur la table de radio. De face d&rsquo;abord, puis de profil dont la position sur la tranche au bord de la table est une sensation digne des meilleures attractions de nos parcs de loisir. Pendant que le juri d\u00e9lib\u00e8re en regardant les radios, on me perfuse avec des antalgiques, une solution nourrissante et, je l&rsquo;ai appris plus tard, un calmant. Le verdict m&rsquo;est annonc\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9 de Sophie et Fran\u00e7ois venus me soutenir : fracture-tassement de la vert\u00e8bre L1 (en haut de la cambrure du dos). Cela me fait froid dans le dos (en plus d&rsquo;avoir toujours aussi mal), je me dis que je suis pass\u00e9 pr\u00e8s de blessures beaucoup plus graves. Merci casque et protection dorsale ! Le m\u00e9decin, tr\u00e8s rassurant mais quand m\u00eame inquiet de mon ventre qui reste tr\u00e8s dur (il m&rsquo;est impossible de rel\u00e2cher les abdominaux) d\u00e9cide de m&rsquo;envoyer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Saint Jean de Maurienne. <\/p>\n<p> Je remonte dans l&rsquo;ambulance caboss\u00e9e et dans un matelas coquille sans aucun trou pour quarante cinq minutes de route. L&rsquo;h\u00f4pital est des plus banal avec son service d&rsquo;urgences, son attente interminable et son odeur d&rsquo;antiseptiques. Je rejoins une chambre et un lit, avec un autre \u00e9clop\u00e9 du ski comme compagnon de mis\u00e8re. Sophie, Tristan et Fran\u00e7ois me rendent visite, il n&rsquo;en est pas de m\u00eame des m\u00e9decins que je vois si rarement que j&rsquo;ai le temps d&rsquo;oublier mes questions avant de les poser. Le lendemain matin, un kin\u00e9 me montre comment me lever et me coucher en faisant balancier avec une jambe pour ne pas tirer sur le dos. Je fais quelques pas, d\u00e9couvrant enfin autre chose que les plafonds du b\u00e2timent, ainsi qu&rsquo;une toilette de chat philosophant que finalement, la sensation de bonheur tient \u00e0 des choses tr\u00e8s simple. On m&rsquo;annonce froidement le lendemain, alors que mon optimisme habituel me revoyait sur les skis avant la fin de l&rsquo;hiver, qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait absolument interdit de m&rsquo;asseoir pendant six semaines, que je devais m&rsquo;abstenir de sport pendant au moins trois mois et que je devrai rentrer \u00e0 Strasbourg couch\u00e9 dans une ambulance&#8230;. Ces mots raisonnent dans ma t\u00eate comme un coup de marteau. Que vais-je faire \u00e0 la maison couch\u00e9 ou debout pendant tout ce temps ? Lire, regarder des DVD, quelques promenades dans la vieille ville de Strasbourg, le temps va \u00eatre long. <\/p>\n<p> Comme annonc\u00e9, une ambulance vient me chercher le samedi vers neuf heures. Les deux ambulanciers sont sympas, je leur dis en plaisantant de faire attention car ma premi\u00e8re ambulance avait eu un petit accident. Quelques temps plus tard, la guigne frappa \u00e0 nouveau avec l&rsquo;alternateur de l&rsquo;ambulance qui nous laissa en carafe pr\u00e8s de Lausanne ! Une d\u00e9panneuse nous am\u00e8ne \u00e0 un garage Renault du coin. La r\u00e9paration ne se fera que le lundi suivant, une nouvelle ambulance est contact\u00e9e, elle arrivera quatre heures plus tard en venant du Grand Bornant au-dessus d&rsquo;Annecy. Le destin joue parfois des tours, celui-ci m&rsquo;a permis de rencontrer des Suisses particuli\u00e8rement sympathiques. Toute la famille du garagiste \u00e9tait r\u00e9unie pour casser des quantit\u00e9s astronomiques de noix r\u00e9cemment r\u00e9colt\u00e9es afin de faire de l&rsquo;huile. La convivialit\u00e9 et la bonne humeur \u00e9taient de la partie, les bouteilles de blanc (si sec selon eux qu&rsquo;il faut se retourner toute les demi-heures la nuit pour ne pas avoir de trous dans l&rsquo;estomac) se succ\u00e9daient ainsi que bi\u00e8re, th\u00e9, caf\u00e9, chocolats suisses et blagues parfois douteuses. Mes petites aventures les ont bien amus\u00e9s et c&rsquo;est presque \u00e0 regret que je les ai quitt\u00e9s pour monter dans une nouvelle ambulance (pourvu qu&rsquo;elle tienne jusqu&rsquo;\u00e0 Strasbourg). Ouf, me voici arriv\u00e9 \u00e0 plus de dix heures du soir. Mes voisins St\u00e9phane et Chlo\u00e9 m&rsquo;attendent avec un repas \u00e0 r\u00e9chauffer ainsi que des victuailles pour tenir le lendemain (dimanche) en repas chaleureux. Sophie et Tristan sont arriv\u00e9s quelques minutes plus t\u00f4t ainsi que Damien et G\u00e9raud que je croise en sortant de l&rsquo;ambulance. <\/p>\n<p> Dimanche sera une journ\u00e9e d&rsquo;apprentissage. Je dois apprendre \u00e0 organiser mon quotidien sans m&rsquo;asseoir. Pas facile. Je mange sur une table haute dans la cuisine adoss\u00e9 contre le mur, j&rsquo;ai bien mis toutes les t\u00e9l\u00e9commandes son et images \u00e0 proximit\u00e9 du canap\u00e9, j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 am\u00e9nager un coin informatique avec connexion internet et Sophie veille bravement \u00e0 ce que tout se passe bien. <\/p>\n<p> La solidarit\u00e9 se met en place, j&rsquo;ai bient\u00f4t toute une collection de DVD, des livres et bandes dessin\u00e9es, une console de jeux vid\u00e9os, je viens de commander sur le net un home cin\u00e9ma qui devrait m&rsquo;\u00eatre livr\u00e9 dans trois jours. Je suis pr\u00eat \u00e0 m&rsquo;engraisser pendant les six prochaines semaines. La biblioth\u00e8que de Strasbourg est \u00e0 quelques minutes \u00e0 pied de chez moi avec une profusion de CD, livres, CD-Rom, ainsi que le mus\u00e9 d&rsquo;art moderne et un vid\u00e9o-club bien fourni. Je vais devenir super cultiv\u00e9 ! N&rsquo;h\u00e9sitez pas \u00e0 me conseiller des ouvrages qui vous ont plus. <\/p>\n<p> Alexandre Trajan http:\/\/ccaa.agat.net\/<\/p>\n<input class=\"fooboxshare_post_id\" type=\"hidden\" value=\"43\"\/>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici une tranche de ma vie qui fait partie des moins dr\u00f4les rencontr\u00e9es jusqu&rsquo;alors. 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