Décalage ? Est-ce que j’ai une gueule de décalage ?

Ce cinquième jour de (semi) confinement démarre plutôt agréablement. Réveillé (tard) par les attentions humides et « ronronnantes » de la jeune Moutarde, tout juste rentrée de ses aventures nocturnes, je me sens plein d’entrain et de positivisme. J’essaie donc de mettre à profit les bienfaits d’une bonne et longue nuit de sommeil pour m’atteler à ces tâches qu’on remet souvent (toujours) au lendemain, pour plein de mauvaises raisons. Je prends mon courage dans une main et l’aspirateur dans l’autre et je me lance dans le nettoyage de l’habitacle de ma voiture. En voyant la poussière et les résidus terreux disparaitre dans le conduit souple de l’engin, j’ai l’impression de me débarrasser, par la même occasion, d’une couche de gangue dont ce maudit Covid-19 essaie de me recouvrir, chaque jour qui passe. Me séparer de choses que je considère comme inutiles m’a toujours fait du bien. Probablement à cause des nouvelles perspectives que ce processus ouvre dans mon esprit. Alors, contribuer à réduire cette pesanteur triste dans laquelle l’évolution de cette pandémie m’enferme, se révèle chaque jour plus que nécessaire. Salutaire. Du coup, j’en profite pour en faire de même avec mon fidèle Levo, tout crotté, puis avec mon atelier, mal rangé. Euh… là non, il ne faut pas déconner, non plus. L’ordre étant avant tout une vue de l’esprit, et donc, différente d’une personne à l’autre, ça attendra (jusqu’à la prochaine épidémie).

Ensuite, comme j’ai réduit mon apport calorique journalier à deux repas, histoire de mettre en phase, bilan énergétique et confinement, j’ai du temps devant moi. Je décide donc de rajouter une nouvelle mesure coercitive à mon quotidien : obligation de lire au minimum une heure par jour. Je sais, c’est dur, mais quand on entre en guerre, il faut se donner tous les moyens de la gagner, comme l’a dit, redit et re-re dit, Manu 1er, l’actuel roi de France. Les pieds en éventail sur la balustrade de mon balcon, j’entame, sur les conseils de Bernard Minier, mon auteur français préféré, un livre de Dan Simmons, « l’Abominable » qui se révèle ne pas être un livre écrit par Dan Simmons, mais par Jake Perry, un alpiniste qu’il a rencontré pour compléter ses informations sur l’Antarctique. Peu importe finalement qui en est l’auteur, l’histoire me plait et je passe un bon moment jusqu’à ce que j’aie la mauvaise idée de « checker » mon portable pour voir qui fait quoi, qui dit quoi, sur le grand réseau bleu. Et là je tombe sur le reportage photo d’un ami virtuel, à propos d’une sortie de ski de rando dans la région de Gstaad. L’ami en question habitant sur la côte, je me dis qu’il a un comportement pas très responsable en période de confinement. Ensuite, comme le ton employé pour annoncer son « exploit » est ouvertement provocateur, j’hésite à laisser « gros con ! » en guise de commentaire. Finalement, je me ravise et je poste quelques phrases, un peu moralisatrices, mais suffisamment modérées pour être, sinon acceptées, au moins discutées. La réaction ne se fait pas attendre, mon commentaire et celui d’une dame qui disait la même chose en moins diplomate, sont aussitôt effacés. Mon sang ne fait qu’un tour. Un rapide et laconique message instantanné annonce à cet ami virtuel qu’il n’en est désormais plus un et, d’un clic de souris, je l’éjecte, de facto, de ma liste Facebook.

Cet épisode est tout à fait anecdotique. Pourtant il fait apparaitre un aspect étonnant de la pandémie que nous traversons, l’incroyable différence de perception qu’en ont les gens. Et je m’inclus dans ces gens. Mes sentiments pouvant varier d’un optimisme atavique à une anxiété palpable, selon que je regarde directement par ma fenêtre ou à travers celle du petit écran.

Autour de chez moi, village valaisan perché au soleil, les gens semblent ravis de pouvoir profiter de cette espèce de colonie de vacances forcées. Les jardiniers (du dimanche) jardinent, les randonneurs randonnent, les bikers « bikent » et les motards « motardent ». En ville, en revanche, la population contrainte aux files d’attente pour accéder aux rares services encore disponibles, nourriture et médicaments, la vit avec une résignation pesante et contagieuse, digne d’une grande crise économique (peut-être en devenir) ou pire, d’une situation de guerre. Et dans le même temps, les milieux hospitaliers, confrontés à l’engorgement des services d’urgence, n’ont pas assez de voix pour crier, probablement de manière justifiée, à l’apocalypse qu’ils vivent, ou qu’ils craignent de vivre prochainement.

Le décalage dans la perception de cette pandémie Covid-19 est effarant. Et c’est peut-être de là que provient son principal danger. Notre inadmissible dispersion au moment de mettre en œuvre les mesures, pour l’instant conseillées (avant d’être imposées ?), destinées à la juguler.

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