Les cols permettant de relier Anniviers au Turtmanntal sont certes nombreux, l’Illpass*, le Pas du Bœuf, le Meidpass, le col de Vijivi, la Forcletta, le col des Arpettes, mais pas forcément tous adaptés au VTT. Si on savait que les « pass » passaient plutôt bien en bike, pour les cols, à consonance plus francophone, c’était plus incertain. Du coup, on a décidé d’aller en vérifier la roulabilité sur place. Au programme de ce premier dimanche de septembre, donc, la Forcletta : une appellation gentillette – sorte de petite Forcla – mais deux versants plutôt abrupts et surtout 2’874 mètres au garrot. Un joli « morceau » comme dirait un chihuahua devant un os de dinosaure.
Après une montée d’approche longue comme une journée sans frasques de la tribu Kadhafi, le portage du jour, depuis l’alpage de Nava, s’est avéré aussi exigeant que le faible écartement des courbes de niveau du SwissMap 25 l’avait laissé présagé, mais finalement plus vite expédié que prévu. De quoi attaquer la périlleuse descente du Blüommattälli, certes fatigués, mais avec suffisamment de marge sur la course d’un soleil devenu automnal, pour envisager sereinement le prometteur crochet « single-trackeux » vers le bassin de retenue sur la Turtmänna. Une fois cet aparté aero-aquatique asouvi et le long ruban bitumeux du Haut-Turtmanntal avalé d’un trait, c’est avec grand bonheur que nous avons retrouvé les charmes terreux de l’ancestral chemin menant à Unterems, puis les folles et joueuses circonvolutions du « toboggan » d’Agarn, pour boucler une journée d’anthologie.
* L’Illpass de donne pas directement accès au Turtmanntal, mais avec un peu de persévérance, vous parviendrez néanmoins à atteindre de la bas de cette vallée en transitant par les flancs du Brunnethorn.
Nouvel épisode du concours de chasse au(x) nuage(s) et toujours pas de gagnants. Décidément, côté météo, les dimanches se suivent et se ressemblent depuis la mi-juillet. Pourvu que ça dure.
Notre piste de montée est revêche, pentue, caillouteuse, mais son cadre, riche en 4'000, de plus en plus grandiose.
C'est pas cool ces nouveaux compacts avec super téléobjectifs, on en peut même plus rouler en somnolant tranquillement.
Alpage du Chiesso : la piste est interminable, mais sa pente et son revêtement enfin plus conciliants.
Zinalrothorn, Obergabelhorn, Cervin, Dent-Blanche, on ne sait à quel 4'000 se vouer ?
L'alpage de Nava est en vue. C'est enfin l'occasion de repasser un 32 dents qui a vraiment peu servi jusque là.
Hmmmmm... ça sent la fin de la piste. En même temps, à 2'523 mètres, ça parait logique.
Piste ou pas, s'il y a encore moyen de rester un peu en selle, on est évidemment preneur.
Ouaip, mais même la meilleure bonne volonté du monde a parfois ses limites....
Bingo ! De toute manière, il aurait été illusoire d'espérer passer la Forcletta "on the bike".
Même si les pâturages d'approche sont plus conciliants qu'espérés, le mur final annonce déjà sa couleur "sherpa". (C'est la nouvelle teinte branchée dans le milieu du VTT estival)
Malgré cette perspective, on ne va quand même bouder le plaisir de quelques derniers hectomètres en selle.
D'autant que le single est suffisamment joueur et roulant pour permettre à nos muscles meurtris d'oulbier momentanément les efforts de l'ascension.
Mais tous les chemins ont malheureusement une fin, même les plus sympas, Et les 300 mètres de D+ qui nous séparent de la Forcletta sont aujourd'hui, là pour nous le rappeler.
Col de la Bella Vourda : photo "post-it", dont le seul but est de nous rappeler que ça a l'air superbe et que nous ne l'avons encore jamais passé à VTT.
Quand la tête veut, le corps peut... Ouaip, ça doit être pour ça qu'un randonneur parisien croisé en chemin, m'a conseillé, sans rire, d'aller voir un psy.
Forcletta, 2'874 mètres, dont les 4 derniers en selle.
Un chemin, pardon un "wanderweg" de descente prometteur...
... mais avec un début glaiseux et délicat...
... quelques tronçons de pierriers biens velus ...
... des dévers en veux-tu en voilà ...
... et pas mal de marches piégeuses à gérer...
... que l'arrivée dans les premiers pâturages de Salzbedu relègue immédiatement aux oubliettes.
On n'accède pas tous les jours dans le Turtmanntal via un col anniviard, Pourtant on devrait, la démarche est très gratifiante et cette vallée méconnue, tout simplement splendide.
L'alpage de Chalte Berg : premiers signes de civilisation depuis que nous avons quitté Nava. Mais peut-être que parler de civilisation est ici, un poil exagéré.
Autre photo "post-it" du jour, le Bishorn tout proche, et ses 4'153 mètres "pour dames". A faire une fois, mais peut-être pas à vélo...
La journée est déjà avancée, mais le "Gletscherpfad" vraiment trop tentant pour être "by-passer". Je suis sûr qu'en voyant cette photo, certains visiteurs nous comprendront.
Ce chemin est une "tuerie" : juste incliné comme il faut, quasiment roulant de part en part et spectaculaire comme rarement j'en ai vu.
Bon, faut quand même localement se concentrer, sous peine de rejoindre plus rapidement que prévu l'amas de voitures des touristes du dimanche, 400 mètres plus bas.
Ah ouaip, j'allais oublier. Quand la conduite d'amenée d'eau coupe à travers le rocher, le chemin, lui, le contourne ou pire, le surmonte... Mais ici, un nième portage de fin de journée, n'a plus tout-à-fait la même saveur. Allez savoir pourquoi.
Oups... même si c'est pour fêter notre définitif retour en selle, on va se calmer, parce que je suis sûr que cette eau gris-bleue doit être particulièrement glaciale.
Lumière de fin de journée pour un single d'anthologie.
Le bassin de retenue sur la Turmänna : joyau d'émeraude d'un cirque naturel grandiose et véritablement impressionnant.
15 kilomètres de bitume et de chemins plus tard, nous ré-émergeons à nouveau dans douce chaleur de la vallée du Rhône. 17 heures sonnent au clocher d'Unterems. Cela fait exactement 7 heures que nous avons quitté Vissoie. Reste à regagner Sierre face au vent de vallée, cher aux routeux.
L'incroyable toboggan d'Agarn nous propose heureusement une alternative initiale ludique et appréciable.