S’il y a bien une traversée à faire, dans le petit massif des Aiguilles Rouges, au-dessus de Chamonix, c’est celle qui relie le col des Aiguilles Crochues au col de Bérard. D’abord en raison de son formidable rapport D+/D- (500/1500 mètres), en démarrant avec les remontées mécaniques du domaine de la Flégère. Ensuite, pour les époustouflants panoramas proposés, sur le célèbre massif du Mont-Blanc, évidemment, mais aussi sur son échevelé voisin d’en face, celui des Aiguilles Rouges. Et enfin, pour l’incroyable potentiel de ski que recèle la « magnifaïk » et interminable plongée à partir du Col de Bérard jusqu’au village du Buet.
En optant pour un itinéraire en boucle, on savait que les conditions de neige seraient forcément disparates, variations des expositions et des altitudes oblige. Du décroûté, ou en phase de l’être, dans la vertigineuse ascension des Crochues. Du verglacé comme jamais au sommet de la vaste Combe de la Balme. Du sel de différente taille et de différente cohésion, dans la longue traversée à flanc sous l’Aiguille du Belvédère. Du redurci, et bien décidé à le rester, pour la ré-ascension de l’Envers Bérard. Et, finalement un joyeux cocktail printanier, mixant un zeste de poudreuse sommitale, une grosse dose de moquette médiane et quelques (kilo)grammes de mi-molle, voire carrément molle terminale, dans « LA » Combe qu’il faut skier au moins une fois dans une vie de randonneur, celle de Bérard.
"Peautage" et "coutelage" dans la bise matinale déjà bien établie, au sommet du téléski de l'Index.
Avec 2 lames d'acier sous chaque pied, même la plus craintive des randonneuses retrouve rapidement aplomb et sourire.
Le panorama sud est bluffant, mais la trace, localement verglacée et déversante, peu propice à la contemplation béate.
Mesdemoiselles Crochues, les bien nommées...
... et leur proche cousin, Monsieur col du même nom, à la déclivité visuellement avérée.
Déchaussage obligatoire, cramponnage et/ou pioletage conseillés ... pour ceux qui ont pensé à les prendre.
Pour les autres, avec une neige en phase de décroûtage, on peut aussi directement s'aider des mains pour (plus ou moins) assurer son ascension.
La señorita Amanda et son nouvel ami, señor Piolet. Le début d'une grande et longue histoire d'amour ?
Sourire essoufflé, mais duo uni pour la journée... ou pour la vie.
Du verglas et du vent, le menu hors saison de notre début de plongée dans la vaste combe de la Balme.
Echevelée ou simplement tétanisée par le froid, on ne saura jamais.
L'entame de la longue traversée sous les falaises de l'Aiguille du Belvédère, reine autoproclamée du petit massif des Aiguilles Rouges.
Un peu de poudreuse tapée et beaucoup de neige verglacée. Peu importe, on n'est pas vraiment là pour skier, mais seulement pour transiter.
On sait d'où l'on vient, mais pas encore (précisément) où l'on va.
Cramponnés sur nos carres amont, nous filons, pendant que de plus téméraires s'essaient à l'ascension de l'Aiguille Favre.
Envers Bérard, cinq minutes d'arrêt pour un « repeautage » express agrémenté d'un casse-dalle improvisé.
Et c'est reparti, d'abord la fleur au fusil ...
... puis, rapidement (re)coutelés sous les pieds.
Le selfie du Bérard et son invité incrusté.
Bien protégée des assauts du soleil, le sommet de la Combe du Bérard recèle encore quelques beaux champs de poudreuse.
Pas forcément très profonde, mais néanmoins très gratifiante à tracer.
Si Dame Bérard m'avait été contée, c'est à peu près comme ça que je l'aurai imaginée.
Douce, tendre et rapidement recouverte de moquette.
A l'ombre de l'Aiguille du Mort, nous ne retrouvons ni sang, ni os, mais un nouveau pan de "pow" à tracer.
Contre-plongée saisissante et virage sur l'angle pour éviter un photographe sans peur mais pas sans talent.
En fonction de son orientation, chaque secteur passe instantanément du « redurci » ...
... au suave, moelleux et réfléchissant.
Carving printanier dans une combe préservée.
Les dernières courbes « libres » avant la série imposée.
D'abord persévérer à flanc pour ne pas avoir à (trop) pousser.
Puis choisir sa rive et ne plus la quitter, même s'il faut parfois déchausser.
Après le wakeboard, le ski sur torrent. Mais où s'arrêtera l'imagination des gens ? A la fin du printemps ?
A force de déchausser on finit par marcher.
Jusqu'à l'improbable buvette de la Cascade du Buet et son étonnante et souriante gérante.
L'endroit rêver pour écluser quelques bières bien méritées.