Sur les cartes topographiques suisses, un « traitillé » courant parallèlement aux courbes de niveau qui l’entourent, éveille généralement l’intérêt de tout biker en quête de chemins. Souvent liés à un bisse, dans le Vieux-Pays, ces pointillés n’y sont pas rares. Parmi les plus appréciés, citons le Heido, récemment visité, le Varen Grossi Wasserleitu, ou encore, en terre « welsch », le « longiligne » bisse de Saxon. En revanche, les « orphelins » de fil d’eau horizontal, s’ils sont moins fréquents, sont parfois tout aussi appréciables. Dans ces derniers, il faut évidemment rendre hommage au très couru Chandolin-Zinal, au plus artificiel Obere Guggerhubel, ou encore, au très panoramique Mont Carré/Mont Rouge, au-dessus de Veysonnaz. Si je les cite, c’est bien évidemment parce que tous ont déjà tous eu l’occasion de voir passer nos roues cramponnées.
Mais voilà, malgré une fréquentation assidue, notre beau Valais recèle encore quelques lignes pointillées et en pentes douces que nous n’avions jamais roulées. C’était par exemple le cas de celle courant, en rive droite de la vallée de Saas, de Kreuzboden, station intermédiaire du téléphérique de Hohsaas, à travers moraines, pierriers et hautes forêts, jusqu’à Gspon, cet improbable village perché et coupé du monde routier. Du coup, c’est d’abord autour de ce potentiel divin chemin d’altitude que notre vendredi en selle (mais pas que) s’est organisé, avant de se recentrer sur d’inédites descentes chères à notre ami Guy, reliant cet incroyable promontoire à la plaine du Rhône.
Résultat, un vendredi tout en pointillés, sur le Gsponer Höhenweg, entre enfer et paradis : 33 km de sentiers, 782 mètres de dénivelé positif et 2’535 mètres de roulage gravitaire plus ou moins poussiéreux.
Kreuzboden, 22 du mat'. Après quelques heures de train, de bus et de télécabine, ça y est, on est enfin en selle.
J'ai déjà connu pire comme vendredi matin d'été... Mais c'était dans une autre vie.
On nous avait prédit l'enfer et on découvre le paradis.
Encore une histoire à ne plus rien croire.
Enfin, jusqu'au franchissement de la première crête rocheuse... Parce qu'ensuite on comprend tout de suite mieux la notion de purgatoire.
Alternant avec des tronçons de chemins qui ne donnent jamais rien ...
... nous enchaînons les traversées de pierriers instables et mal pavés.
Après presqu'une heure de crapahutage qui fait mal aux épaules, nous finissons par trouver de quoi enfin rouler.
Les premiers sourires partagés d'une journée qui sera loin d'être avare en difficultés.
En attendant, de notre première plongée (vers Grüebe), on apprécie chaque virage...
... et chaque obstacle, enfin surmontable.
La traversée du Fellbach rajoute un petit supplément de sentier encore « bikable ».
Bref arrêt à Hoferälpi pour en apprécier l'odeur de ses habitants à grandes oreilles et ses bières fraîches ...
... avant que le vaste pâturage de Linde Bode nous déroule son sympathique chemin ondoyant gaiment.
Malheureusement, contreforts du Stallblatte riment une fois encore avec nouvelles contrariétés.
Si je ne comprends pas comment cet arolle à réussi à pousser sur son rocher, je comprends bien comment franchir ses rugueux voisins.
Encore un nouveau chemin qui ne donne rien et qui, localement, est parfois délicat à piloter à vue.
Pour y avancer, en permanence, il faut lutter.
Siwibode, le meilleur moment de cette incroyable traversée ?
En tout cas, le plus horizontal et le plus panoramique.
Ah, si seulement ça pouvait durer.
La terrible remontée « pieds mouillés » vers Färiga renoue malheureusement avec moue.
Une moue qui ne sait encore pas que la suite sera pire.
Obere Schwarze Wald, dit comme ça, ça à l'air aussi appétissant que le gâteau du même nom.
Pourtant, dès le Lengfell voisin, ça rigole moins.
Déjà il faut remonter vers le Gsponeri, bisse réellement suspendu (même si, pour ça, il a fallu le tuyauter).
Puis redescendre sur le "unteri wanderweg"...
... avant d'une fois encore, remonter. Les montagnes russes version "Gsponer", c'est pas ce que je préfère.
Et si, finalement, on n'avait désormais plus qu'à rouler ?
A l'approche de Finilu, ça semble enfin mieux s'emmancher.
Ah si j'étais plus croyant, je donnerai volontiers un pater et quelques avés pour, ma selle, aujourd'hui, ne plus avoir à quitter.
Au lieu de prier, il suffit peut-être de demander ?
Bingo! On passe enfin des hectomètres aux kilomètres qui roulent.
Voir Gspon et ... enfin sourire.
Malgré la saison des foins, nous décidons de passer par le centre le l'improbable localité. Tant pis pour les bouchons.
Et un petit Riedji, ça vous dit ?
Peu importe l'appellation, après cet interminable purgatoire, on est prêt pour tous les paradis...
... même si, pour ça, il faut visiter toutes les innombrables chapelles de cette vallée.
Finalement, tout est peut-être possible à ceux qui croient ?
Si ce n'est pas vrai, c'est en tout cas vachement bien imité.
Cette plongée vers la vallée ressemble de plus en plus à une tuerie (mais pas au sens USA du terme).
Enrubannée de lacets lascifs ...
... écrasée de chaleur ...
... ce n'est enfin que du bonheur.
Du bonheur... et des bons freins.
Ca ne descend pas, ça tombe !
Thank You Again Mr & Mrs Hope pour avoir su faire de si performants rejetons à 4 pistons.