Mi-novembre sur les crêtes jurassiennes, période usuellement peu bénie des dieux vététistes et plus propice aux premières pantouflées devant un bon feu de cheminée, un verre de Talisker bien callé au creux de la main. Mais l’automne 05 est à l’image de ce que Dame Nature nous a gratifiés tout au long de la saison : une météo capricieuse et imprévisible réservant quelques bonnes surprises. Alors que les stations valaisannes se lamentent déjà sur les températures trop élevées, l’impossibilité de mettre en œuvre les aberrants canons à neige et le manque à gagner pharamineux qui s’ensuivra, les vrais puristes prêts à crapahuter leurs montagnes favorites font peu de cas de la saison et profitent de chaque opportunité pour prolonger leur plaisir.
En ces lendemains de Saint-Martin, cette si jurassienne sublimation de la gastronomie cochonesque, les oracles météorologiques annonce une très nette détérioration du temps dès le milieu de semaine. Il n’en faut pas plus pour que le brouillard en plaine et l’azur en montagne me poussent à remplacer mon après-midi bureautique par une belle sortie d’arrière-automne sur les chaînes jurassiennes. Quelle jouissance de pouvoir contempler le plateau suisse noyé sous le stratus alors que là haut l’air est frais sans être froid, que les couleurs sont sublimées par la lumière rasante et que la brume voile le fond des vallons d’un fin duvet ouaté. La Montagne de Granges (Grenchenberg outre-Aare) et la chaîne de Montoz, à deux pas de Bienne, vont permettre une fois de plus de satisfaire mes goûts automnaux au cours d’une sortie toute en sensations visuelles, olfactives et auditives.
Poteaux à neige plantés, clédars ouverts, arbres nus et troupeaux désalpés : l'hiver est aux portes sur les hauteurs de Plagne.
Déjà 20 minutes de sueur et la Métairie de Romont invite déjà à la pause meringue.
Magie automnale sur fond de Chasseral.
Frontière Berne-Soleure : mon BMC, bien que mâtiné de sang taiwanais, retrouve son canton d'origine.
Vue typique du Stierenberg (montagne des taureaux) en cette saison : un épais couvercle de stratus sur le Mitteland et le plateau, un panorama idyllique pour les privilégiés de mon espèce.
La Montagne de Granges du bas (Untergrenchberg), 1300m, son auberge de montagne, son observatoire astronomique, son antenne-relais et ses nombreux retraités-promeneurs.
L'automne nimbe le Bas-Vallon de Saint-Imier de brumes fantasmagoriques.
Le roi Chasseral domine sa cour.
Chasseral, Mont-Sujet, Prés-d'Orvin : une trilogie bien connue des participants à la ChasseralTT_02. Au premier plan l'une des dernières chicanes encore debout obligeant à un effort supplémentaire pour hisser 12kg à bout de bras.
Muret de pierres protecteur pour vététiste crapahuteur, au bord des Rochers de Granges, cette curiosité si étrange (vers d'un auteur inconnu du début 21e).
La Montagne de Granges du haut (Obergrenchenberg), 1350m, prête à affronter le dur hiver jurassien sur sa crête balayée par la bise.
A la frontière de la Francophonie vers la Germanie : les falaises de Granges, le Hasenmatt et au loin le Weissenstein marquent le début du Jura germain qui se terminant en Souabe.
Les effets du rude climat en bordure de falaise.
Derniers regards avant la neige vers le Stallberg et le Stallflue.
Le panorama depuis l'Envers de Montoz ne peut laisser un Jurassien insensible : de Chasseral à la Forêt Noire, avec les Franches-Montagnes, Moron, Graitery, Raimeux, les Ordons, les Rangiers, la plaine d'Ajoie sous le stratus, les Vosges et la trouée de Belfort au loin. Nostalgie…
A jour court prompte retour. Le soleil plongeant oblige à mouliner fort pour rentrer avant la nuit. Dernier regard du Pré Richard mâtiné de sang taiwanais sur la Bluée et le Buement. Il reste à plonger dans le vallon de Péry glacial et à remonter sur Plagne par des singles perdus dont je connais chaque racine.
Lavage de destrier, douche et verre de Talisker sont à portée de crampons : dernier single technique et nocturne avant le bonheur de narrer un autre monde.