« Un jour parfait »
Recette pour 2 personnes (mais facilement adaptable à un plus grand nombre).
Les ingrédients :
• Un risque d’avalanche limité (degré 2 sur 5)
• Une région réputée pour ses reliefs alpins, mais aussi pour ses courses abordables.
• Une météo étincelante digne des plus belles photos de magazines
• Un itinéraire tortueux en boucle, variant déclivités et orientations.
• Un dénivelé modéré. (enfin c’est plus vite écrit qu’avalé)
• Une fine couche de neige fraîche et légère.
• Des randonneurs(euses) plutôt sympas et conviviaux.
• Une terrasse ensoleillée et des hôtes inconnus et accueillants.(si, si, ça existe)
• Quelques savoureux produits du terroir et fins nectars à partager…
La recette :
• Levez-vous aux aurores. (oui je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire)
• Tentez de remettre la main sur l’ensemble de votre matériel et faites quelques kilomètres de voiture pour rejoindre vos compagnons.
• Suivez la Dranse d’Entremont jusqu’à Orsières, puis celle de Ferret jusqu’au Clou sur la Fouly.
• Equipez-vous rapidement dans le petit matin glacial.
• Attaquez l’ascension verglacée comme si vous étiez de bonne humeur.
• Après quelques centaines de conversions et autant de minutes en double-cales, arrêtez-vous en haut de la Dotse pour apprécier le premier point de vue de la journée.
• Profitez d’affiner vos notions de télémark en vous dirigeant le long de l’arête des Planfins jusqu’au pied de la face sud-est de la tête de Ferret.
• Faites preuve d’un soupçon d’abnégation pour attaquer les 300 derniers mètres qui vous séparent encore du sommet.
• Changez-vous et repliez vos peaux dans le vent modéré en provenance du nord-ouest. (Un jour il faudra que le responsable de l’échelle des vents vienne m’expliquer comment il a choisi ce terme de « modéré »)
• Plonger bille en tête dans l’impressionnante face nord de la Tête, profitez du risque d’avalanche degré 2 et surtout de vos jambes retrouvées pour la skier d’un trait.
• Essayez de ne pas vous égarer dans le dédale de combes et de moraines de la Crête des Perches, puis celle de la Gouille ou les contreforts de la Combe des Fonds.
• Arrêtez-vous pour discuter avec de charmantes randonneuses ayant profité de faire grasse mat’ avant d’aller s’ébrouer sur les pentes du Petit Col Ferret.
• Suivez leurs conseils avisés : optez pour un arrêt sur la terrasse du minuscule chalet de la Léchère-Dessus et refaites le monde avec leurs charmants hôtes en dégustant quelques délicieux verres de vin.
• Essayez de finir la descente en restant sur vos skis et trouvez une dernière étincelle de concentration pour tenter de retrouver votre voiture.
Dilemme pour un petit matin glacial : ski de fond ou ski de rando ? Bon, vu notre équipement, on ne va peut-être pas s'incruster plus longtemps sur le tracé des adeptes de skating.
Un début d'ascension très "mélèzé" en direction du petit alpage de Pramplo.
Malgré la saison qui avance, l'habituel jeu d'ombre et de lumière matinal est forcément au rendez-vous dans une vallée aussi escarpée que celle de Ferret.
Je suis sur que vous n'avez d'yeux que pour mon élégant accompagnant, mais une question m'interpelle : pourquoi les mélèzes du Val Ferret ne perdent-ils pas leurs aiguilles en hiver ?
La crête de Létemaire est un promontoir naturel parfait pour admirer les contreforts du Dolent.
Une orientation végétale qui en dit plus long que tous les discours. L'endroit est à proscrire avec un degré de risque supérieur.
Un véritable hymne au soleil (malgré des prévisions météo plutôt pessimistes).
Y aurait pas un itinéraire plus direct pour aller à la Tête de Ferret ?
Si, mais il traverse le torrent du Merdenson.
Bon, alors tant pis, on va donc passer par la Dotse.
Oh, hisse !
Et quand on croit que ça monte plus, ça monte encore.
Mmmh... ça sent le sommet.
Bingo ! The Top Of The Dotse.
Les marathoniens de l'Engadine vont avoir à qui parler.
Oui, mais la peau c'est plus sympa : il faut pousser même en descente .
Y aurait pas quelqu'un qu'aurait éternué trop fort ?
Si l'attaque de la dernière pente vous décourage, levez la tête, ouvrez les yeux et admirez. Ensuite, ça monte tout seul.
A chacun sa trace.
Pendant que nous avalons les derniers mètres qui nous séparent de la Tête...
... la procession de l'Arête des Planfins se met dans l'idée de nous suivre.
L'arrivée au sommet : une journée qui aurait été encore plus parfaite, si quelqu'un avait pensé à refermer la fenêtre du nord-ouest.
Miam, miam : une descente sur la suave neige de printemps du Val Ferret italien... Tentant, isn't it ?
Et bien non. Direction le versant nord, ses méchantes barres de rochers et ses impressionnantes pentes ombragées.
Voilà clairement un endroit à éviter avec un danger d'avalanche plus marqué.
Mais qu'aujourd'hui nous ne nous privons pas de skier avec appétit.
Une pente superbe, une neige fine et légère, mais des sensations mitigées en raison du flesh ruisselant en permanence dans notre sillage.
La partie inférieure du versant est moins pentue, et du même coup, moins exposée.
Et en avant pour les toboggans naturels slalomant entre la Crête des Perches et celle de la Gouille.
Et si on faisait un petit crochet par la Combe des Fonds ?
Dis, t'es bien sûr qu'on est en degré 2 ?
Ca aurait été dommage de se priver d'un épisode aussi souriant...
et de conseils aussi avisés. : direction le petit chalet de la Léchère-Dessus, option full-gaz.
Le bonheur est parfois simple comme une table garnie de victuailles et de nectars gouteux partagés par des hôtes inconnus mais aussi accueillants que conviviaux.
Quelques kilos de rouge plus tard, la topographie est visiblement plus floue et le style incontestablement plus débridé.